We Will Punk You! | Casey – Where I Go When I Am Sleeping
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Casey – Where I Go When I Am Sleeping

Ce n’est peut être déjà plus un secret pour vous : chez We Will Punk You! on vénère Casey avec une intensité rare. Après les avoir suivis au Royaume-Uni en mai dernier, en première partie de la tournée anglaise de Boston Manor, nous n’avons pas pu résister à l’appel du Kerrang! tour où ces deux groupes figuraient également à l’affiche. Tom Weaver (chant), Max Nicolai (batterie), Adam Smith (basse), Liam Torrance (guitare) et Toby Evans (guitare et 2ème voix) nous ont fait découvrir leur nouveau single Fluorescents quelques jours avant le début de cette tournée, et le 16 mars prochain, les gallois sortent leur tant attendu deuxième album studio, Where I Go When I Am Sleeping, que nous avons pu écouter et dont nous vous parlons aujourd’hui sur le blog !

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[Disclaimer : il n’y a pas vraiment d’objectivité lorsque nous parlons de Casey. Ils sont merveilleux et c’est indiscutable.]

En décembre dernier, nous avons ainsi repris la route avec une seule hâte; revoir sur scène nos groupes adorés et découvrir en live le nouveau single de Casey. L’enchaînement des quatre sets s’est fait avec une simplicité rare. Les fans se sont retrouvés de façon aisée, admirant dans un premier temps la poésie légendaire de Casey. Incroyable, merveilleux, saisissant ; tant d’adjectifs pouvant expliquer notre bouleversement face à la douce mélodie que les gallois créent sur scène. À Glasgow, Tom Weaver nous a fait l’agréable surprise de venir chanter au milieu de la foule pendant l’entièreté du set. Posté seul contre son pied de micro, les musiciens se débattant, eux, sur scène, il nous délivre des chansons puissantes, des hurlements de détresse à faire trembler les murs (comprendre : nos entrailles) et une déclamation de texte à faire pleurer même les plus résistants (pas nous, nous pleurions déjà avant qu’ils entrent en scène). Sans surprise, l’écoute de Fluorescents en live nous a laissé sans voix et particulièrement impatientes d’entendre le reste de l’album.

Nous avons également profité de l’opportunité pour nous entretenir à Glasgow avec Tom Weaver, chanteur/crieur/poète de Casey, pour en savoir plus sur l’une des sorties de 2018 que nous attendions le plus. Après écoute intensive de ce dernier, nous pouvons affirmer qu’il gardera sa place dans notre top 5 final des albums de l’année. Where Do I Go When I Am Sleeping, c’est un mélange parfait entre espoir et abandon, c’est la beauté dans la douleur et la délivrance dans la culpabilité. Lorsque nous lui avons demandé à quoi nous devions nous attendre, sa réponse a été des plus simples : “C’est super cliché de dire ça, mais genre, ce qui est bruyant devient plus bruyant, ce qui est doux devient plus doux,… en réalité, tout est plus intense parce que l’aspect personnel devient plus personnel, et l’aspect identitaire devient plus pertinent…tout s’intensifie par rapport à là où on en était avec Love Is Not Enough [leur premier album].

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L’inspiration pour cet album découle directement de la santé de Tom; physique et mentale, et c’est particulièrement ce qui le rend si vrai et si brutal. Tom souffre, entre autres, de colite ulcéreuse, d’ostéoporose (la maladie des os fragiles) et de maniaco-dépression. Survivant par ailleurs d’une crise cardiaque et d’un accident de voiture assez grave, il a dû faire plusieurs séjours à l’hôpital, notamment au début de l’année 2017; épisode qui lui a inspiré Fluorescents. Tom sait qu’il a échappé à la mort de nombreuses fois et ce sentiment de culpabilité face à son existence crée une très grande vulnérabilité chez lui, qui se ressent dans chaque chanson et jusqu’à sa présence sur scène; qui rend le groupe plus attachant et auquel il devient si évident de s’identifier. Nous parlons beaucoup de lui mais Casey c’est aussi quatre extraordinaires musiciens, qui comprennent et vivent aussi ces situations douloureuses relatives à la santé mentale. Si la particularité de Casey réside essentiellement dans les paroles et cette façon si particulière de déclamer les textes, il nous paraît tout de même important de souligner le talent de Max, Adam, Toby et Liam. Il pourrait sembler compliqué de jouer des chansons si personnelles chaque soir sur scène, devant un public rempli d’inconnus, mais Tom nous explique qu’au contraire, pour Fluorescents déjà, puis pour les autres chansons de l’album, ce sera plus facile qu’avec les chansons du premier. “En ce qui concerne l’aspect live, ces chansons sont vraiment différentes de celle de l’album précédent; dans le sens où Love Is Not Enough est essentiellement émotionnel. Dessus je ne chante qu’à propos de choses que j’ai ressenti sur le moment alors que le nouvel album est surtout à propos de ma santé. Ce sont des événements, des choses qui me sont arrivées et comment je me sens face à ça, ça n’a aucune incidence car ce sont juste des expériences que j’ai vécues… Donc comment je me sens quand je les chante sur scène devant un public, ça n’a pas beaucoup d’importance puisqu’au final je raconte simplement une histoire à propos de quelque chose qui m’est véritablement arrivé plutôt qu’une expérience émotionnelle. C’est une expérience physique. C’est comme si je chantais à propos de comment j’ai joué au football au parc hier VS. ce que j’ai ressenti en jouant au football au parc hier.” Mais dans les faits, ça n’a vraiment pas l’air si simple qu’il nous le décrit. Il y a des paroles sur certaines chansons qui sont tellement puissantes, et qui racontent des situations si douloureuses que même sans les avoir vécues vraiment, ça fait mal (mais nous y reviendrons un peu plus tard.) En attendant, on a vraiment hâte de pouvoir découvrir leur nouveau set à l’occasion de leur prochaine tournée anglaise/européenne avec Endless Heights et Rarity ainsi que lors de leur release party à Londres le 17 mai.

“I know that it’s love, but what if I’m not enough?”

Sur cet album, le groupe nous présente douze chansons, dont trois singles sont déjà écoutables partout (Fluorescents, Phosphenes et Bruise). Dès sa sortie, Fluorescents a su nous conquérir et nous séduire par tous ses aspects: paroles, instrumental, puissance en live, refrain entraînant, alternance entre chant clair et cris déchirants, envie de hocher la tête de haut en bas, etc., etc. De ce trio, c’est cependant Bruise qui retiendra particulièrement notre attention, notamment de par sa haute connexion avec Love Is Not Enough et particulièrement avec la chanson Bloom. Bruise, c’est le délicieux passage d’une ère à une autre. C’est l’acceptation de la maladie et l’espoir que les choses s’améliorent encore. Tom nous raconte comment ses tremblements ont cessé et ce qui a changé ces six dernières années. Les lignes “I know my mother still worries from time to time, I guess after so long she’s learning to realise more often than not when I’m silent it means that I’m already sorry, for not speaking up, for not using my voice to talk about what I’ve been going through” font automatiquement penser aux paroles de Bloom: “My mother knows that I am sick but I hate that she can’t understand that whilst I am grateful for her love it won’t stop the shaking of my hands”. Il y a un vrai contraste entre Bruise et les autres chansons de l’album, mais on y retrouve dans toutes les autres aussi des références et des fils connectant toutes les chansons de Casey entre elles. C’est, à mon avis, particulièrement ce qui en fait des génies. Nous suivons l’histoire et son évolution, tout en gardant une certaine distance qui permet de s’y plonger sans s’y noyer.

C’est en écrivant cet article que nous nous rendons compte de l’envie urgente de citer tout l’album tant les paroles sont passionnées. Mais sur les douze chansons, il faut aussi noter que trois d’entre elles sont des pistes instrumentales de la plus grande beauté. Tout d’abord &, qui amorce parfaitement le passage de Fluorescents à Phosphenes; puis Morphine, qui, fidèle à son nom, est aussi soulageante qu’addictive et enfin Where I Go When I Am Sleeping, titre éponyme qui rappelle avec un vif déchirement au coeur la raison pour laquelle l’album se nomme ainsi. Tom l’explique; “C’est juste une phrase qui résume l’album sans que ce soit vraiment intentionnel. C’est commode que les chansons traitent de sujets qui se rapportent les uns aux autres, et il y a un fil conducteur qui relie toutes les chansons, comme sur Love Is Not Enough. ’Sleeping’ est une métaphore utilisée pour parler d’un espèce d’état déconnecté de dépression et aussi pour décrire l’état que provoque une lourde prise de médicaments qui m’a été prescrite et que je dois continuer à prendre aujourd’hui. Ces médicaments me provoquent une extrême fatigue et des pertes de conscience. C’est aussi de là que vient l’illustration de l’album; c’est une représentation artistique de la structure neuronale du cerveau. Le fil rouge représente les décisions conscientes des pensées et de l’esprit et le fil bleu représente le subconscient. ça représente comment les deux fils sont directement connectés entre eux et comment les craintes peuvent être emmêlées entre elles d’une certaine façon.

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En ce qui concerne les chansons avec paroles, le processus d’écriture de Tom est étonnant. Nous lui avons demandé comment il parvenait à écrire des textes aussi sincères et bruts que Fluorescents et voilà ce qu’il nous a confié: “Je galère un peu à écrire des textes avec beaucoup d’avance, ou en tout cas des chansons entières ; je suis plutôt bon quand il s’agit d’écrire des morceaux de chansons mais après, c’est quand on doit vraiment les finir que je les approfondis. Fluorescents est une des chansons que j’ai écrite pendant qu’on était en studio pour quatorze jours. On a commencé à enregistrer la voix le onzième jour et le soir du dixième jour, notre réalisateur Brad Wood m’a dit « Oh, je t’ai demandé de m’envoyer toutes tes paroles par email…? » et j’étais là genre « Oui, je l’ai fait ! ». Il a répondu « Ok mais j’ai reçu que six chansons… » ; donc j’ai dit « Ben oui c’est parce que j’ai écrit que six chansons ! ». Et il était là genre « Est-ce que…est-ce que tu comptes écrire les autres ? », j’ai simplement répondu que oui, oui, j’allais les écrire le soir et il m’a dit « Ben tu pourrais pas genre… les écrire maintenant ? ». J’ai soupiré : « Bon, ok ! », puis je suis monté dans ma chambre, j’ai mis mes écouteurs et je me suis posé pendant deux heures pour tout écrire. Ensuite, je suis redescendu, je lui ai envoyé les paroles, il a regardé et il m’a dit « Tu viens de les écrire là, maintenant ? »”. C’est peut-être aussi ce qui rend l’évolution des thèmes abordés dans les chansons si connectés entre eux et qui rend l’album si particulier. L’album démarre avec Making Weight, la piste numéro 1. Elle est aussi douce (dans la mélodie) qu’elle est amère (dans le texte) et laisse dès sa première écoute une vague sensation de détresse et d’abandon. Tom revient ainsi, en rétrospective, sur l’impact qu’à sa maladie et de sa prise de médicaments, à la fois sur lui et sur les autres. Elle termine sur un assez triste sentiment d’insignifiance et d’incapacité qui restera très présent tout au long de l’album. “I was embarrassed to speak up because a “man” should be able to care for himself, I shouldn’t need medication to make it through the day”.

Wavering s’annonce déjà plus brutale. On y retrouve la batterie endiablée de Max Nicolai et la puissance des guitares. Ce qui semble au début être une acceptation du fait que Tom a besoin d’aide (“Oh, how it pains me to admit it, but I’m far from self-sufficient […] I’ve always been ashamed to say that maybe I need help but it’s either that, or face the fact I may end up killing myself”) s’annonce en réalité être une lettre à lui-même pour dans 10 ans (“So, this is an open letter to myself in ten years’ time: I’m sorry if you’re not around to read this, I swear that I tried”). Les trois suivantes, Phosphenes, &, et Fluorescents, s’inscrivent dans une progression logique des aspects négatifs et traumatisants des médicaments et de l’hôpital : “The irony I face is that whenever I try to medicate my aches, it kills the only part of me that makes me want to stay”. Dans la même veine, Flowers By The Bed relance aussi les références à l’importance de la parole et l’impossibilité d’exprimer ses ressentis, ainsi que le thème floral très présent sur Love Is Not Enough. En parlant de ce premier album, la 7ème piste de WIGWIAS, Needlework, est probablement celle qui s’en rapproche le plus, de par les métaphores utilisées et la douceur des instruments… En revanche, on note un détachement plus prononcé et, encore une fois, une acceptation marquée du passé.

My cynicism serves no purpose, and my love is not enough

Reste ainsi deux titres à découvrir: The Funeral et Wound. Émotionnellement, ce sont probablement les deux plus fortes de l’album. Pour la première, cela s’explique par un instrumental très présent; une batterie rythmée et entraînante qui nous rappelle les débuts du groupe (avec Hell et Fade). C’est l’une des favorites des membres de Casey et celle qu’ils ont, apparemment, le plus hâte de nous faire découvrir. Pour nous c’est Wound, la dernière piste présente sur Where I Go When I Am Sleeping. Elle provoque une grosse crise de larmes aux trois premières écoutes et brise encore un peu le cœur à chaque fois que les premières notes se lancent. Elle se termine par un monologue d’une puissance incroyable, décrivant une scène familiale entre Tom et son frère autiste d’une intensité remarquable. C’est si joli, si bien décrit. La scène se joue d’elle même à l’écoute et fait soupirer bêtement. C’est aussi une scène de craquage, qui dépeint la difficulté à tout garder pour soi quand on ne sait pas comment l’exprimer : “I’d been feeling low for a while, but I never truly felt comfortable speaking about it”. Dans ce sens, la chanson se termine sur un merveilleux message d’espoir qui se conclut ainsi: “In all the ways that I am weak, I am also strong; learning how to speak gave me the strength to carry on”. C’est à la fois une réponse à l’idée de faiblesse dans Fluorescents qui s’inverse alors (“In every way that I am strong, I am also weak”) et à l’incapacité d’élever la voix et de s’exprimer sur ce qu’il ressent. Il semble alors évident de croire que, pour Tom, cet album est libérateur et délivre un message fort: si tu vas mal, parles-en.

Voilà. Where I Go When I Am Sleeping, c’est ça. Une histoire très personnelle, mêlant toujours mains tremblantes, éclosion de fleurs et paroles cathartiques. Du Casey pur et puissant, une avalanche d’émotions, de quoi satisfaire les oreilles à tous les niveaux et encore plein de surprises à découvrir à l’écoute.

Auxane Beau
Auxane Beau
auxane@wewillpunkyou.com

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