We Will Punk You! | Naaz au Pop Up du Label
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Naaz au Pop Up du Label

Pour son premier concert en tant que tête d’affiche à l’étranger, c’est à Paris que Naaz — de son vrai nom Naaz Mohammad — s’est produite le 9 juillet dernier sur la scène du Pop Up du Label.
Si son nom sonne familier, c’est normal. Avec un seul EP à son actif, la jeune néerlandaise de tout juste vingt ans a déjà réuni des millions de streams.
Et pourtant, son chemin n’était pas déjà tout tracé. En effet, après avoir participé à Holland’s Got Talent en 2014, sa carrière ne décolle pas vraiment et ses parents — turcs et plutôt conservateurs — estiment que la voie dans laquelle elle souhaite se lancer est trop dangereuse : « Il y a quelques années, ça aurait été impossible. Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour » me confie-t-elle l’après-midi même en interview, s’émerveillant d’avoir le droit de donner un concert à Paris.

« Paris… On dirait un endroit où tu vas en voyage avec ton école ! » s’exclame-t-elle, euphorique, en arrivant sur scène, sur les coups de 21h30. « Il y a encore quelques mois, j’étais dans ma chambre, pensant que ce genre de choses ne pouvaient pas m’arriver à moi » nous dit-t-elle, dès le début du concert, en expliquant qu’il s’agit de son tout premier concert à l’étranger. Le micro est paré de fleurs et elle est accompagnée de ses deux musiciens. Elle porte une tenue validée par mes soins dans l’après-midi, alors qu’elle m’avait demandé conseil pendant l’interview.
Elle commence le concert par Pretty : logique étant donné qu’elle me l’a décrite comme la première chanson qu’elle aimerait que les gens écoutent lorsqu’ils découvrent tout juste sa musique. « Je ne pensais pas que des gens viendraient… Mais vous êtes tous là… Merci ! » dit-elle, s’adressant à la salle du Pop Up, dont la démographie ce soir est plus que variée, mais avec qui elle tente de créer un véritable lien humain. C’est d’ailleurs son but principal : « Pour moi, ce lien, c’est la chose la plus importante. C’est pour ça que j’aime donner des petits concerts beaucoup plus que des gros parce que je peux regarder les gens dans les yeux ».

S’il y a bien quelque chose de remarquable Naaz, c’est qu’elle n’a pas peur de ses propres défauts. Elle les prône, elle en est fière : « J’aime montrer mes défauts, juste pour moi-même. C’est une façon de les accepter » m’explique-t-elle. En plein concert, elle se confie même au public sur sa peur d’oublier les paroles: « Peut-être que si je vous le dis à voix haute, ça n’arrivera pas », rigole-t-elle. Comme elle me le racontait en interview, son but n’est pas de proposer un show cadré au millimètre près : « Hier, quelques articles ont été publiés sur un de mes concerts et c’était drôle à lire car il y en avait un qui disait « ce n’était pas parfait » et un autre qui disait « ce n’était pas parfait et c’est pour ça que c’était parfait ». Il y avait une personne qui parlait du fait que c’était super parce qu’il y avait une dimension réaliste et une autre personne qui parlait du fait qu’elle ne me donnera pas 5 étoiles car ce n’était pas parfait ». Oui, le concert n’est pas parfait, oui, elle oublie les paroles mais c’est justement ce qui fait tout son charme et sa force.

Avec une discographie regroupant moins d’une dizaine de titres au grand total, la setlist est donc constituée de l’intégralité de l’EP Bits Of Naaz, deux chansons exclusives, et une reprise d’Ultralight Beam de Kanye West — plutôt étrange au premier abord, je vous l’accorde. Ce fut pourtant cette reprise qui me surpris le plus. Naaz nous embarque dans son monde à elle, comme si elle arrivait à donner une nouvelle vie, un nouveau sens à la chanson. J’ai même fini par me demander s’il s’agissait d’une cover ou d’une chanson originale…
Dans les titres de l’EP, je note particulièrement As Fun, qui ne m’avait pas forcément marquée en version studio mais que j’ai adorée en live.
Le moment le plus fort du concert reste sans aucun doute People Like You, une unreleased dans laquelle elle parle d’une relation toxique, qui subjugua la salle. L’ami qui m’avait accompagnée au concert sans réellement connaître la chanteuse en fut ému aux larmes. Chose que Naaz remarqua d’ailleurs, suite à quoi elle lui prit les mains en plein concert et le remercia. Le fait d’accepter ses propres sentiments et de ne pas en avoir peur semble central à la compréhension de son art : « Je voulais que mon producteur joue des accords qui traduisaient la façon dont je me sentais à travers des harmonies afin que je me sente un petit peu moins seule, afin qu’on ait l’impression que ce à quoi tu t’identifies n’est pas une personne mais la musique ». Naaz, c’est donc non seulement un message fort au niveau des paroles mais aussi une expérience sonore et sensorielle : « Ma musique c’est littéralement ma personnalité, mes souvenirs, et les choses que j’ai traversées transformés en sons afin d’être écoutés et, avec un peu de chance, ressenties par des gens ».
C’est à ce moment là que je me suis rendue compte d’une chose : dans la petite cave intimiste qu’est le Pop Up du Label, on sent qu’elle est dans son élément. Elle aime se produire dans des petites salles, pour la proximité et le lien qu’elle peut créer avec les visages qu’elle croise, les sourires qui l’encouragent : « il y a certains visages qui me reviennent quand je repense à certains concerts (…). En tant qu’artiste, les éloges que tu reçois n’ont pas d’importance, tu n’as pas toujours confiance en toi et tu penses parfois que tu n’es pas assez bien. (…) Mais quand quelqu’un te sourit ou te regarde avec passion, tu as envie de le remercier. Beaucoup d’artistes disent merci à leurs fans juste par politesse mais je le pense sincèrement. Je suis sincèrement reconnaissante quand les gens me regardent dans les yeux et me donnent l’impression que je peux y arriver. ». Ayant enchaîné les concerts à grosses productions dans des gros stades cet été, ça fait du bien de voir un tel concert, où les émotions ressenties paraissent vraies, où il existe une réelle connexion, où l’artiste arrive à faire passer des messages sans parler la même langue que son public.

Entre son impeccable gestion de sa voix et sa présence scénique imposante, Naaz nous laisse l’impression qu’elle sait exactement ce qu’elle fait, qui elle est et où elle va. Elle finit le concert par Up To Something et n’attend pas d’applaudissement : elle nous juste demande de nous applaudir nous-même. Un concert autour du self-love, de l’acceptation de soi et du partage qui nous donne l’impression que, nous aussi, on peut accomplir de grandes choses si on s’en donne les moyens.

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Kahi
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