We Will Punk You! | King Princess au Badaboum
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King Princess au Badaboum

S’il y a bien une chose pour laquelle je suis reconnaissance cette année, c’est le phénomène 20gayteen. Non seulement a-t-il aidé des milliers de jeunes LGBT+ à s’assumer mais il a également propulsé des artistes queer au devant de la scène. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec King Princess.

Vous avez peut-être déjà entendu son nom. Cette jeune new-yorkaise multi-instrumentiste de 19 ans a beaucoup fait parler d’elle cette année. Entre la sortie de son premier EP Make My Bed en juin dernier, sa signature au label du fameux Mark Ronson, sa relation avec Amandla Stenberg, son lesbianisme revendiqué, son talent indéniable et son esthétique androgyne et magnétique, elle a su s’attirer les faveurs de nombreux fans, la propulsant très rapidement au rang de nouvelle figure de l’indie pop américaine.

Qui dit tout premier EP dit tout premier concert parisien et c’est dans un Badaboum plein à craquer que j’arrive en ce mardi soir.

21h. Le public, composé en grande majorité de filles queer, scande son nom. Dès son arrivée sur la chanson ayant donné son titre à l’EP Make My Bed, des fans lui tendent des fleurs qu’elle s’empresse de récupérer. Accompagnée de son groupe qu’elle raconte avoir rencontré à l’université, elle enchaîne sur Upper West Side, avant d’être interrompue par des notifications incessantes venant du téléphone d’un de ses musiciens : « Qui a laissé son téléphone allumé ? » s’exclame-t-elle, en plein concert. Le public l’acclame et spécifiquement une des filles proches de la scène : « Cette salope m’aime trop, comment tu t’appelles ? » lui demande King Princess. Elle est d’un naturel et d’une spontanéité presque déconcertants et émane d’une confiance en elle épatante. « I’m gay!! » quelqu’un crie tout haut ce que tout le monde pense tout bas « Non, sans blague… » répond la chanteuse « Je suis curieuse de savoir combien d’entre vous ne sont pas gay ». Silence dans la salle. Au moins, c’est clair.

Elle nous parle de son album, qu’elle a déjà enregistré, emballé, pesé et on ressent bien que, tout comme nous, elle a hâte qu’il sorte enfin. Elle annonce qu’elle va interpréter la chanson Best Friend, extrait de ce dernier, nous mettant d’autant plus l’eau à la bouche.

« Je vais en faire une autre de l’album qui arrive… Je donne aux gays ce qu’ils veulent ! » rigole-t-elle avant de jouer un titre s’intitulant House Burn Down. Je ne sais pas s’il y a un problème de climatisation dans la salle ou si c’est de la faute de l’écrasant charisme de King Princess, mais il fait une chaleur tropicale. Bière à la main, elle nous dit à quel point elle apprécie performer en Europe, rien que pour ce petit détail, vu qu’elle n’est pas encore majeure aux États-Unis.

« Je suis vraiment d’humeur pour du heavy metal » dit-elle, en se retournant vers son guitariste avec un sourire en coin. Et avant même qu’elle ait le temps de lui demander, le voilà lancé dans une improvisation de solo de guitare. « Bon, une dernière pour vous les gays ! » s’exclame t-elle avant d’enchainer sur Ohio, une autre chanson extraite de l’album à venir.

Malgré une setlist de seulement neuf chansons et l’absence du titre Holy, l’un de mes préférés de l’EP, on ressent bien que quelque chose se passe. Et que c’est quelque chose de beaucoup plus grand, qui dépasse bien largement King Princess, moi-même, le Badaboum, Paris. Je ne sais même pas si j’arriverai à décrire l’étrange bulle de sécurité dans laquelle je me suis sentie, en tant que femme queer. Un peu comme si plus rien ne pouvait nous atteindre tant que l’on était ensemble. King Princess transforme ses concerts en safe place et c’est quelque chose qu’il faut vivre pour comprendre. Cela fait tellement de bien de voir que des artistes LGBT+ donnent une voix à une communauté à qui on a ordonné de se taire pendant si longtemps. Avec King Princess, il n’est pas question de se taire. Elle va faire du bruit pour nous, et ce, j’en suis sûre, pendant très longtemps.

                  [Setlist complète : Make My Bed, Upper West Side, Best Friend, Sunburn, House Burn Down, Talia, Homegirl, 1950, Ohio.]

Kahi
Kahi
hachi.kahina@gmail.com